La fin des sites MegaUpload, une si mauvaise chose ?
Tout en restant objectif sur l'intérêt d'un service comme MegaUpload, en tenant compte que les dirigeants de ce service ont fermés les yeux sur les actions de personnes mal intentionnés pour en tirer eux-même des bénéfices financiers, il est maintenant temps d'en tirer les conclusions, et éventuellement de rebondir pour offrir des solutions qui pourraient convenir à tout le monde…
Soulèvement de l'opinion publique, mais...
…dans cette histoire il règne une certaine confusion entre le dossier PIPA/SOPA (projet de lois américaines encore à l'étude) et l'affaire Mega :
Le premier est une aberration, puisque sous couvert de mettre en place des mesures pour forcer le déréférencement d'un site contrevenant sur les moteurs de recherche, lui couper les vivres, voir carrément mettre en place un blocage DNS (aka le faire disparaître), le projet de loi envisage un filtrage DPI qui permettrait de connaître le contenu de navigation de tous les internautes afin de le filtrer, ce qui constitue une grave violation du respect de la vie privée (çà me rappel Hadopi ça tiens).
Entièrement plongé dans mon projet de livre et la préparation de la saison 2012, j'ai très peu suivis l'actualité ces derniers temps et j'ai raté la campagne de black-out du net, auquel j'aurai volontiers participé, maintenant que Wikipedia m'ai expliqué de quoi il en retournais…
Le second est une affaire judiciaire, puisqu'il s'agit d'un mandat d'arrêt international émis par les autorités américains.
Le groupe Mega, comme la totalité des sites sur internet, sont responsables des contenus qu'ils diffusent. En gros, si un ayant-droit par exemple d'un film, déposé sur un de ces service, réclame son retrait en prétextant une violation de ses conditions d'utilisation (ou plus largement du Copyright), ils ont obligation de le retirer (le contenu et toute copie présentes sur le site). De manière général, ils ont obligation de s'assurer d'avoir bien les autorisations nécessaires pour diffuser les contenus, et donc orchestrer un contrôle sur les publications (et vu ce qu'ils brassent comme tunes via la publicité, ils peuvent très bien embaucher du personnel pour se faire).
Or, en refusant de contrôler les contenus ajoutés et en ne retirant qu'un lien au lieu de retirer toute copie des contenus signalés, ils se sont rendus coupable eux-même d'avoir "mis en oeuvre une entreprise internationale de crime organisé prétendument responsable du piratage massif à l'échelle mondiale d'un grand nombre de types d'oeuvres protégées, à travers MegaUpload.com et d'autres sites en relation" (source numerama). Un procès est donc en cours contre ces personnes et les sites Mega ont été fermés (en France, on est innocent jusqu'à preuve du contraire, aux États-Unis on est coupable jusqu'à preuve du contraire, là est toute la différence).
La confusion est donc due à ce "hasard du calendrier" qui a fait que la fermeture des sites du groupe MegaUpload Ltd. est tombé à quelques jours du black-out qui s'est généralisé en protestation des projets de loi PIPA et SOPA, qui, rappelons-le encore une fois, n'ont rien à voir, bien que similaires… Pour le moment, on va se concentrer sur le deuxième point.
Dégâts collatéraux
Le problème dans cette affaire, c'est que beaucoup d'auteurs indépendants utilisaient aussi ce service pour mettre en ligne leurs propres créations. Ces contenus sont désormais eux aussi inaccessibles.
Les utilisateurs sont aussi floués, du moins ceux qui ont acheté un pass Premium car ils se retrouvent à avoir payés pour un service qui n'existe tout bonnement plus. Pour eux, il n'y a pas vraiment de solution… à part se porter parti civil, mais là je vous conseil de vous tourner vers un avocat si vous êtes dans cette situation (en vous souhaitant bon courage).
Un modèle économique intéressant, une gestion d'escrocs ?
L'intérêt des sites du groupe MegaUploas Ltd. résidait dans un modèle économique basé sur des revenus publicitaires et la vente d'abonnements Premium dont les recettes étaient partagés entre la société et la personne qui met le contenu en ligne.
Alors oui, le principe de rémunérer les auteurs au prorata des revenus publicitaires générés par l'accès à leurs œuvres est un concept très intéressant, pour permettre à l'internaute d'y accéder gratuitement - il a d'ailleurs été plus ou moins repris par des sites légaux tels que Deezer bien que se basant sur un catalogue d'artistes gérés par les Majors uniquement.
Mais il ne faut pas oublier que le problème vient essentiellement du fait que si ce n'est pas l'auteur ou ses ayants-droits légitimes (après la gestion du pro-rata reversés par les Majors à leurs artistes est encore un autre débat) qui mettent en ligne leurs propres contenus, c'est quelqu'un d'autre qui touchera la part sur les revenus publicitaires qui devrait normalement être du aux auteurs.
C'est donc bel et bien là que le bas blesse, car vous pouvez très bien décider que vos œuvres circulent librement sur internet, mais que quelqu'un se gave sur votre dos est inadmissible ! Un peu comme si votre salaire durement gagné était reversé à quelqu'un qui se fait passer pour vous… je ne penses pas que tout ceux qui défendent aveuglément MegaUpload aujourd'hui aimeraient qu'on leur pique leur salaire… si ?
Le phénomène était aussi amplifié par l'utilisation de services de liens qui généraient des pages intermédiaires elles aussi bardés de bannières publicitaires, aux revenus partagés avec les créateurs des liens. Encore une fois, ce n'est pas nécessairement l'auteur qui touchera des dividendes, même s'il a lui-même mis le contenu cible en ligne. L'utilisation de ces services était d'ailleurs fortement encouragés par MegaUpload, et on se doute bien que la plupart de ces services de linking leurs appartenaient aussi (c'est une hypothèse à confirmer).
On a fait la guerre au P2P qui instaurait un partage libre et gratuit de la culture et du savoir, alors MegaUpload est apparu et le piratage est passé d'un acte de partage à un véritable business ! Comme quoi les traitements sont parfois pires que les maux…
La gratuité est-elle synonyme de publicité ?
En fait, il semblerai que la gratuité du net passe de plus en plus par la case publicité, ce qui semble déranger de moins en moins les utilisateurs. Personnellement, je ne peux m'empêcher de repenser à cet épisode de Futurama où les protagonistes vont sur une version réalité virtuelle de l'intente et se battent presque physiquement contre l'assaut de bannières publicitaires.
Et c'est aussi pour des raisons de confort et d'esthétique que je me refuse toutes publicités dans les sections photographies de ce site, aussi bien que je refuse toute reproduction non rémunérée sur un site gratuit qui diffuse de la publicité, puisque c'est une manière indirecte de retirer un bénéfice sur les contenus diffusés.
Notez que c'est un modèle économique déjà rencontré dans la télévision depuis des années, en plus des revenus des redevances audiovisuelles reversées selon les mesures d'audimate, ce qui permet aux chaînes d'acheter les autorisations nécessaires pour les programmes qu'ils diffusent. Et encore, en France on est plutôt bien lotis : pour suivre de loin quelques matchs de la NHL sur des chaînes canadiennes, je peux vous assurer que les pages de pubs sont très présentes (et encore, c'est pas le SuperBowl) !
Mais contre cette gratuité pécuniaire, qu'en est-il de "l'espace de cerveau disponible vendu à [un grand groupe de soda qui ne me paye pas assez pour que je cite son nom]" (c'est pas moi qui le dit hein) ?
Le choix est personnel
Permettre la libre diffusion de ses propres œuvres sur le net ou non (via des licences tels que les CC par exemple), de quelle manière on va en tirer des bénéfices et par quels intermédiaires, sont des choix qui ne regardent que les auteurs.
C'est pas aux internautes d'imposer ce choix. Ce serait comme si tu arrivais dans une grande surface, qui tu repérais un téléviseur LCD, 3D, LED, yaourtière, qui clignote et qui flotte dans l'eau, et qu'en caisse tu payais le prix que tu voulais.
Non ! Une TV, çà a un coup de production, un coup de distribution, et les intermédiaires veulent aussi leur marge. Normal quoi, il y a plein de gens qui bossent pour à peine un smic (et des petits chinois pour encore moins, mais encore une fois c'est un autre débat).
La culture et le savoir, c'est pareil : la création nécessite du matériel souvent couteux, du personnel à payer, la distribution a aussi son cout humain et logistique, il faut pouvoir financer la publicité, et les revendeurs finaux voudrons toucher aussi leurs marges. Certes, Internet permet de dématérialiser les supports et faire baisser le prix final (ou permettre aux créatifs de toucher un pourcentage plus important dans un monde idéal), et on pourrait aller plus loin encore en se passant de certains intermédiaires tels que les maisons de disque, d'édition… Et pour reprendre un slogan vu sur le site de l'agence Regards du Sport "La photographie a un coup, elle a donc un prix"…
Tu aimes, tu soutiens
Vous qui consommez du média, du savoir, de la culture et de l'entertainment, vous qui aimez les artistes que vous écoutez, que vous regardez, que vous partagez, n'aimeriez-vous pas qu'il puisse continuer à faire le si bon boulot créatif qu'il fait ? Alors si on vous propose 3 solutions pour lui filer un coup de pouce : la souscription, l'achat de son CD/DVD/tirage original, où la consommation de gratuit rémunéré par la publicité, vous êtes libre de choisir celui que vous préférez. Mais si vous choisissez la troisième option, pensez-vous réellement que ce soit logique que ça engraisse des escrocs en lieu et place de l'artiste que vous aimez tant ? Non, je m'en doutais…
Alors à nous, internautes, de trouver une solution à l'image de MegaUpload pour consommer de la culture gratuitement, mais que çà ne soit pas au dépend des artistes… ;)
Erratum
Je ne pointe pas du doigts les internautes en disant que ce sont eux les méchants, je veux juste les (vous) sensibiliser. Les Grands Méchants, ce sont bel et bien les patrons de MegaUpload, qui ont fermés les yeux pour s'en mettre plein les poches…
Désolé si mes errances rédactionnelles aient pu vous faire sous-entendre le contraire… ><